Il n’avait pas plu depuis deux mois. Le paysage pastoral et boisé connaissait déjà l’état familier des fins d’estives. Au matin d’un des premiers jours de l’été, le Causse, même, s’est embrasé. 
Puis la pluie s’est mise à tomber sans discontinuer des sommets jusqu’aux vallées, tout autant salvatrice que compromettante d’une quelconque envie de sortie pédestre. Nicole et Philippe nous ont accompagnés jusqu’au point de départ élu de l’itinérance: l’Aigoual. La cîme ultime des Cévennes, réputée pour ses extrêmes, nous a offert le spectacle aveuglant de ne rien y voir, seulement apprécier où poser nos pîeds engourdis sur le sol karstique si caractéristique du massif qui trace la ligne de partage climatique entre Atlantique et Méditerranée. 
Nous y avons marché. Par les chemins et les drailles, de crêtes en failles, plongeant sous les frondaisons, nous faufilant parmi les fougères en broussaille, résistant à l’eau déversée comme la mitraille. 
Avec une certaine insouciance, nous avançions vers notre destination.
Notre périple initiatique avait commencé quelques jours plus tôt, à Saint-Jean-du-Gard,dernier refuge de Modestine, complice de Robert-Louis Stevenson pendant son fameux voyage qui, aujourd’hui encore, suscite les aventures. Avant de se frotter aux flancs de la montagne, l’écrivain, chantre d’une active oisiveté, avait auparavant descendu les rivières du nord en canoë, égrénant les escales d’Anvers jusqu’à Pontoise. à contre-courant du chemin mythique croisant ceux, mystiques, de Saint-Jacques et de Saint-Guilhem, nous avons arpenté quelques cols,Briontet, Mercou jusque l’Asclier, bienheureusement doué d’une une source salutaire. Le parcours, ponctué d’averses, fut propice au partage des points de vue. Sur les paysages. Au gré des dénivelés, les arbres laissaient apparaître çà et là l’infini de l’horizon, les courbes ondulantes des monts en perspectives,la vue vertigineuse d’un hameau insulaire, d’un château dans le ciel.

Ces temps derniers, nous avions parlé, échangé,croisé des convictions, affirmé des doutes, pris partis et positions, choisi des chemins, partagés ou divergeants. Des questions se sont posées. De celles qui ont surgi dans l’urgence des incertitudes, des peurs et des heurs. L’une d’entre elles nous revenait, lancinante: qu’en est-il aujourd’hui du bonheur ? 

EDITION
Le 15 février 1902 la première loi de santé publique de protection de l’eau est votée à l’initiative d’édouard Alfred Martel. L’homme est reconnu pour l’invention de la spéléologie avec l’exploration inédite de l'Abîme de Bramabiau au coeur des Cévennes gardoises n 1888. Après une première tentative le 27 juin - interrompue au  au lieu-dit du "pas du diable" -, l'homme accompagné d’un petit aréopage aventurier parvient à ressortir du gouffre le lendemain par...  la RéSURGENCE DU BONHEUR
De ‘Bonheur’ il s’agit de la rivière qui coule des flancs du Mont Aigoual, sommet des plus humides de france à l’histoire aussi mouvementée que son climat, marquant la ligne de confrontation entre les climats atlantique et méditerranéen.
Contemporaine de l’élévation de la tour Eiffel, de l’invention de la pellicule photographique, des textes de Sully-Prudhomme ou de Verlaine, d’élysée Reclus, de Jules Vallès ou d’émile Zola (...) mais aussi de la création de l’observatoire météorologique du mont Aigoual et des premières campagnes de reboisement du massif cévennol menées par George Fabre, cette découverte est considérée comme l’événement fondateur de la spéléogie moderne. 
Edouard Alfred Martel, natif de Pontoise, féru de géographie, de géologie et d’hydrographie explore ensuite le gouffre de Padirac puis plus de 1500 grottes et cavités à travers le monde. Auteur prolifique, il publie aussi le premier ouvrage dédié à la technique et pratique de la photographie souterraine dont il est un amateur érudit.
 
Victime en 1891 d’une «intoxication typhoïdique» après avoir bu de l’eau de source viciée par une charogne «jetée au trou», il s’engage dans un combat écologique - qui n’en porte pas encore le nom - et fait voter la première loi de santé publique de protection de l’eau. L’Histoire s’en souvient aujourd’hui encore sous le nom  de « Loi Martel ».
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En 2021 et en 2022 j'ai suivi le cours de la rivière du Bonheur sur les pas de l'explorateur puis ai prolongé mon itinéraire géographique et photographique par une approche métaphorique doublée de captations sonores (field recording et voix). J'ai ensuite réalisé un livret d'artiste façonné et relié à la main d'un fil jaune cousu accompagné d’images d’archives personnelles et d'un site internet où sont diffusées les premières captations sonores : 
WHAT ABOUT HAPPINESS NOWADAYS?  On June 28, 1888, French explorer and scientist Edouard Alfred Martel ventured into the Bramabiau cave in the Cévennes. After a two-day underground trek, his small team emerged from the cave via the resurgence of "Le Bonheur". Bonheur means happiness and this is the name of the river whose course he had followed. 14 years later, having explored over 1,500 caves worldwide, the man was behind the first French law to protect natural waters, demonstrating that human behavior was responsible for deadly water pollution. Since summer 2021, I returned to this place on the anniversary of its exploration, and then every season, thinking about what our civilization was exploring, doing and destroying. This was after the global covid crisis. La Résurgence du Bonheur is more than a historical commemoration of France's first ecological battle; it's a philosophical and metaphorical reflection questioning our human condition in the face of the climatic, social, economic and political upheavals that are shaping the landscape of our present and future, without any knowledge of the past. Using multiple media (image and sound), this work aims at questioning the meaning of both our collective and intimate happiness
news & info www.photosonore.fr
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